Impossible de ne pas avoir entendu parler du « Royaume des abysses« , le nouveau film d’animation chinois qui vient de sortir en salle !

Cette fable haute en couleur nous promet un voyage des plus fantasmagoriques et déchaîne les critiques.

Mais ce film est-il aussi bon que nous en laisse présager ses mises en bouche ?

Voici ma critique personnelle du film chinois : le Royaume des abysses de Tian Xiaopeng, sorti le 21 février 2024 dans les salles françaises.

Attention, cet article contient des spoilers !

Bande-annonce du film

L’aventure délirante d’une jeune fille

Le Royaume des abysses, deuxième long-métrage du réalisateur chinois Tian Xiaopeng, suit le parcours de Shenxiu, une enfant plongée dans un monde sous-marin onirique.

Elle trouvera refuge dans le restaurant des abysses, dirigé par un propriétaire et chef excentrique Nanhe et son équipage de loutres, d’orques et d’autres poissons et crustacés, tout comme ses clients gloutons.

Le film commence par introduire le personnage et son entourage familial bancal.

Laissée pour compte par son père et sa belle-mère au profit de leur plus jeune enfant, Shenxiu navigue entre la nécessité de faire bonne figure et la dure maîtrise de ses émotions.

C’est durant une croisière de luxe que la jeune enfant démarrera un nouveau voyage ; dans les profondeurs de l’océan, elle découvrira des êtres aussi fous que dans ses rêves, une aventure initiatique grandiose et un spectacle pour les yeux comme pour son cœur qui, lui aussi, aurait bien besoin d’une explosion de couleurs.

Si l’histoire peut d’abord faire penser au voyage de Chihiro par Miyazaki des studios Ghiblis, elle prend finalement son propre tournant, avec un parti pris graphique et scénaristique plus surjoué que mélancolique.

Le Royaume des abysses est-il un film pour enfants ?

Le Royaume des abysses est-il un film pour enfants ?

La bande-annonce et la scénographie nous laissent à penser que ce film est destiné aux enfants.

Une 3D assez « cartoon », des couleurs vives, de drôles d’animaux et des courses-poursuite dans un univers visuellement rocambolesque.

Pourtant, les thèmes abordés par Tian Xiaopeng ne sont pas à mettre devant toutes les paires d’yeux : divorce, dépression, abandon maternel, suicide, négligence du soutien psychologique et fin de vie structurent le récit.

Les scènes de course-poursuite avec le fantôme rouge peuvent aussi mettre mal à l’aise le jeune public.

Matérialisé sous forme d’un humanoïde aux filaments rouges dans les bras duquel Shenxiu se fait étouffer, cet antagoniste sans visage et sans motivation apparente suggère une masse de sang des plus sinistres, créé et attiré par « soi-même », et dont on ne peut se défaire.

Pas vraiment l’ambiance adaptée pour un dimanche en famille.

Alors, le Royaume des abysses est-il adapté aux enfants ?

Pas pour les plus jeunes, qui n’auraient pas les capacités pour comprendre et assimiler toutes les complexités du récit.

On conseille le film à partir de 13 ans, selon le profil et la maturité de l’enfant et, bien sûr, en accompagnant le visionnage du film d’explications et de discussions avec les figures parentales.

Un bon support pour apprendre le chinois

Petit aparté pour nos étudiants en chinois : étudier le chinois devant un film d’animation, c’est le petit plus malin pour améliorer votre compréhension orale !

Le Royaume des abysses est un film chinois aux dialogues plutôt simples, courts, avec des expressions de la vie courante qu’il est plutôt sympa d’apprendre et de reconnaître avec un contexte.

On peut facilement entendre des mots ou des phrases apprises en cours, et ce pour tous les niveaux : même les débutants prendront plaisir à distinguer régulièrement des mots connus 😉

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Le Royaume des abysses, entre tableau d’art et tempête spasmodique

S’il y a bien une chose que l’on ne peut enlever au Royaume des abysses, c’est qu’il est visuellement superbe.

Les couleurs sont éclatantes, les plans fourmillent de détails, les personnages sont délirants et les scènes d’actions explosent aux quatre coins de l’écran.

On se croirait plongé dans un tableau du pays des merveilles, à nager à contre-courant entre les jets de peinture et les coups de pinceau à l’huile.

On en prend plein les mirettes !

Le vrai problème, c’est que ces scènes extravagantes sont omniprésentes.

La quasi-totalité de l’aventure de Shenxiu au Royaume des abysses se déroule dans cette cacophonie, visuelle et auditive, où nos yeux n’arrivent finalement plus à suivre.

Si les détails sont délicieux et multiples, on regrette que la plupart passent inaperçu à cause de l’enchainement trop rapide des séquences.

Finalement, la beauté du film passe au second plan, tandis qu’on essaye tant bien que mal de suivre l’histoire racontée à travers des courses épileptiques où même les visages des protagonistes se confondent avec le reste de la scène.

Des thèmes forts mais mal traités par Tian Xiaopeng

Des thèmes forts mais mal traités par Tian Xiaopeng

Le Royaume des abysses n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Les thèmes abordés, sensibles et poignants, portent sur leurs épaules toute l’émotion du film. En fin de séance, je l’avoue, j’avais les joues humides, et les reniflements de mes voisins de salle m’ont accompagné jusqu’à la sortie.

Et paradoxalement, cette émotion n’est que suffisamment peu exploitée.

On ne comprend la portée du geste de la jeune fille qu’à la toute fin, sa relation avec le capitaine Nanhe ne se concrétise qu’avec une trop grande rapidité, et nos larmes sont tirées par une surenchère du fond musical et des plans rapprochés sur les visages.

On aurait préféré une relation plus approfondie au cours du récit, et des indices ici et là pour nous rapprocher de la vérité.

La fin en elle-même est l’un de ces clichés souvent critiqués dans les récits.

Le fameux « tout le reste du film n’a jamais existé ». Et c’est ici encore plus douloureux, puisqu’on ne revient pas sur les aventures de Shenxiu.

Elles ne traduisent presque aucune signification, si ce n’est la rêverie de quelques dessins trouvés dans un livre de conte.

Finalement, l’heure et demie de beauté magistrale n’était là que pour… eh bien, pour faire beau.

Quant au message que le film veut véhiculer en luttant contre la dépression, je ne peux m’empêcher d’être perplexe : « sourire malgré la tristesse », est-ce vraiment ainsi qu’on peut régler tous nos soucis ?

Quelle note mérite le Royaume des abysses ?

Quelle note mérite le Royaume des abysses ?

Le long-métrage de Tiao Xianpeng est bien difficile à noter.

Visuellement, c’est une vraie claque, mais il est aussi très frustrant : les plans se succèdent trop vite pour en apercevoir tous les détails.

Quant aux thèmes, ils sont en totale opposition et promettent de secouer les plus sensibles, mais peut-être de façon trop artificielle. On regrette de ne pas avoir une histoire plus subtile.

Pour moi, le Royaume des abysses est un film ambitieux qui se savoure davantage par les yeux que par le cœur. Il faut l’appréhender comme une œuvre d’art avec un message sous-jacent plutôt que comme un profond récit animé.

On apprécierait certainement une transcription en bande dessinée pour observer tous les détails qui font de ce film un véritable tableau !

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