Mémoriser le vocabulaire en chinois, c’est difficile : Non seulement ça prend du temps mais en plus ça s’oublie rapidement.

On pense connaitre un mot et puis le jour où on en a besoin, pof oublié !

Qui ne s’est jamais retrouvé en plein milieu d’une conversation avec cette impression d’avoir le mot au bout de la langue ou avec un trou de mémoire le jour de l’examen ?

Je connais bien cette sensation, je l’ai eu durant toute ma scolarité quand j’apprenais par cœur mes verbes irréguliers ou mon vocabulaire en allemand (Vocabulaire que j’ai complétement oublié d’ailleurs).

Et si je vous disais qu’il existe une méthode scientifiquement prouvée, pour retenir facilement et durablement des milliers de mots de vocabulaire en étudiant moins d’une heure par jour.

Pour vous donner une idée, j’ai déjà mémorisé plus de 10 000 mots chinois grâce à cette méthode en révisant seulement 40 minutes par jour en moyenne.

Et le plus incroyable est que si vous me testiez sur l’ensemble de mon vocabulaire, (ça prendrait sans doute beaucoup de temps mais imaginons) je suis certains d’avoir plus de 90% de bonnes réponses !

Cette méthode s’appelle la « répétition espacée » et c’est probablement la plus puissante à connaitre dans l’apprentissage du chinois.

Dans cet article, je vais vous montrer comment utiliser la répétition espacée pour réviser et mémoriser efficacement des milliers de mots de vocabulaire en chinois.

Je vous montrerai également comment j’utilise ANKI, l’outil de référence en matière de répétition espacée, ainsi que 5 conseils pour tirer le maximum de cette méthode.

D’ailleurs si vous êtes déjà familier avec le concept mais que vous souhaitez découvrir de nouvelles façons d’utiliser ANKI, vous pouvez directement visionner la vidéo ou je vous montre toutes mes techniques avancées (pour les autres, lisez d’abord l’article avant de tester l’outil).

Pourquoi la répétition espacée est si puissante

À l’école, on nous apprend à faire des fiches de vocabulaire ou à tenir un petit carnet avec les nouveaux mots. Le problème avec cette méthode est qu’à mesure que votre vocabulaire s’enrichi, il devient de plus en plus difficile (pour ne pas dire impossible) de se souvenir de tout son vocabulaire.

Vous auriez besoin de revoir l’ensemble de vos fiches chaque jour ce qui, non seulement demanderait un temps colossal, mais en plus serait complètement inefficace car vous passeriez la plupart de votre temps à revoir des mots que vous connaissez déjà par cœur.

La répétition espacée au contraire, est une technique d’apprentissage qui consiste à s’auto-interroger d’autant moins souvent qu’on maîtrise la question. La méthode consiste à espacer de plus en plus ses révisions dans le temps en prenant avantage du phénomène « d’effet d’espacement ».

L’effet d’espacement est le phénomène selon lequel la mémorisation sur le long terme est supérieure quand une même durée d’apprentissage est espacée dans le temps, plutôt que concentrée en une seule session.

C’est le même principe que pour les vaccins. Vous faites une grosse injection la première fois puis tous les X années, vous devez faire un petit rappel pour ne pas que votre système immunitaire oublie la signature d’un virus. Votre mémoire fonctionne de la même façon, vous devez la stimuler de temps en temps sous peine d’oublier petit à petit votre vocabulaire.

L’idée est donc de s’auto interroger sur les mots de vocabulaire que l’on est sur le point d’oublier juste avant de les oublier ! Mais comment savoir le moment auquel on va oublier un mot ? Et bien c’est là toute la puissance des algorithmes à répétition espacée !

L’algorithme est en quelque sorte capable de prédire à quel moment vous êtes sur le point d’oublier un mot et vous rafraichira la mémoire juste avant. Vous aurez ainsi en permanence cette formidable impression d’avoir du vocabulaire frais dans votre mémoire et surtout, vous économiserez un temps considérable dans vos révisions.

Le principe est de créer des cartes de vocabulaire et de laisser l’algorithme décider quand vous interroger. Si vous ne répondez pas correctement à une carte, cette dernière reviendra dans le premier paquet. Si vous répondez correctement, elle sera placée dans le paquet suivant allongeant ainsi l’intervalle de temps avant la prochaine révision. De cette façon vous passerez plus de temps à réviser les cartes que vous oubliez souvent et moins de temps sur les autres.

Le meilleur logiciel à répétition espacée : ANKI

Il existe tout un tas d’outils qui incluent des algorithmes à répétition espacée pour la mémorisation du vocabulaire en chinois (memrise, duolinguo, skritter etc.). Je vais faire court et direct : Aucun n’arrive à la cheville d’ANKI en termes de personnalisation et de fonctionnalités (oui j’assume mon statut de fan hardcore).

ANKI (ou暗記 qui veut dire « mémorisation » en japonais) est un outil gratuit (sauf pour iOS haha) qui permet de réviser des « cartes mémoires » (ou « flahscards » en anglais) grâce à la répétition espacée. J’ai personnellement passé pas loin de 2500 heures à réviser sur ANKI et j’ai créé un peu plus de 30 000 cartes en tout. Je pense avoir suffisamment de recul pour affirmer que c’est de loin le meilleur outil pour tout ce qui touche à la répétition espacée.

Un exemple de carte de vocabulaire sur ANKI. C’est à vous de vous autoévaluer sur la difficulté à vous remémorer chaque carte.

ANKI est particulièrement adapté à l’apprentissage du chinois (D’ailleurs à la base, c’était conçu pour le japonais) car il permet de créer des cartes-mémoires contenant plusieurs champs sur une même face. Par exemple une carte de vocabulaire pourra contenir les champs suivants :

  • Un champ pour le caractère chinois
  • Un champ pour le pinyin
  • Un champ pour l’audio
  • Un champ pour la définition

L’énorme avantage d’ANKI est que vous pouvez vous auto-interroger dans différents sens pour la même carte. Chaque carte ayant 2 faces : une face question et une face réponse, vous pouvez par exemple vous auto-interroger une première fois sans le sens : pinyin (face question) => audio, caractères, définition (face réponse). Puis une deuxième fois dans le sens : Définition (face question) => Caractère, pinyin, audio (face réponse).

Vous n’avez ensuite plus qu’à vous auto-juger sur votre capacité à vous remémorer chaque carte de vocabulaire et en fonction de votre réponse, ANKI ajustera l’algorithme (Cf courbe de l’oubli). Plus une carte sera jugée difficile et plus l’algorithme vous interrogera souvent, vous passerez ainsi plus de temps sur les cartes difficiles et moins sur les cartes déjà sues.

Des histogrammes et statistiques d’apprentissage permettent même d’évaluer vos progrès et d’estimer votre charge de travail des prochains jours. L’algorithme étant calibré se sorte à vous faire mémoriser environ 90% des cartes que vous créez.

Aperçu de mes 1355 jours (45 mois) d’étude sur ANKI

Mais ANKI n’est pas parfait et toutes ces belles fonctionnalités ont un coût : Celui d’être difficile à prendre en main et compliqué à utiliser pour les novices. Beaucoup d’étudiants jettent d’ailleurs l’éponge juste après avoir téléchargé l’outil car l’interface manque cruellement d’indications.

Surtout qu’avant de pouvoir réviser efficacement votre vocabulaire sur ANKI, il va d’abord falloir apprendre à configurer les champs et à jongler entre les différents modèles de cartes. Il y a bien une notice d’utilisation mais qui a envie de se coltiner 50 pages de tuto en 2018 ?

Je pense que rien ne vaut une petite démonstration en live. Dans cette vidéo je vais non seulement vous montrer comment configurer ANKI à partir de 0 mais aussi comment je l’utilise tous les jours dans mon apprentissage du chinois.

Je vous donnerai même quelques techniques avancées (si vous êtes déjà à l’aise avec l’outil) pour améliorer votre oral, apprendre la grammaire, gérer un retard important, isoler les cartes pénibles etc.

Les 5 commandements d’ANKI

1) Tes propres cartes de vocabulaire, tu créeras

Je sais que c’est tentant de télécharger des « paquets pré-faits » par d’autres utilisateurs pour gagner du temps ou par flemmardise. Mais croyez-moi, il est beaucoup plus efficace de créer vos cartes vous-mêmes.

Déjà, parce que rien que le fait d’écrire la carte de vocabulaire dans ANKI vous-même aide à mémoriser le mot. Combien de fois aviez-vous préparé une antisèche pour au final vous souvenir de la réponse le jour de l’examen car « le simple fait d’avoir mis sur papiers la réponse vous avait permit de la mémoriser » ?

Ensuite, parce qu’apprendre du vocabulaire à partir d’une liste brute trouvée sur le net est extrêmement difficile. Rappelez-vous des listes de verbes irrégulier à ingurgiter par cœur au collège. Combien de temps et d’efforts vous a t’il fallut pour réussir à les mémoriser ?

Prenez le temps de créer vos propres cartes et associez-y toujours un contexte (VOTRE contexte, celui dans lequel vous avez vu le mot pour la première fois) ainsi qu’un audio et au moins 2 ou 3 exemples d’utilisations (je vous montre comment faire dans la vidéo).

2) Régulier dans tes révisions, tu seras

Pour que l’algorithme fonctionne, il faut être régulier dans vos révisions. L’erreur la plus commune est de prendre du retard en se disant « je finirai demain ». Non seulement « demain » sera bien plus difficile « qu’aujourd’hui », mais en plus vous rentrerez dans un cercle vicieux ou chaque jour de retard rendra vos révisions encore plus difficiles.

Comme il n’est pas possible de mettre ANKI en pause, vous deviendrez un petit esclave condamné à faire vos 30 minutes de révisions par jour jusqu’à la fin de votre vie mouhaha !

C’est la vie et il y a des jours ou vous n’aurez pas envie de réviser. C’est facile d’apprendre le chinois quand on est motivé mais la motivation n’est pas toujours constante et il y aura des jours sans. Le secret d’une progression rapide réside dans la constance et la régularité. Donc bougez-vous les fesses ! Votre « futur Vous » vous remerciera.

Si pour X raisons vous prenez du retard dans vos révisions et que le nombre de cartes à revoir devient ingérable, l’astuce est de créer un « paquet retard » et de déplacer toutes les « cartes dues » dedans. Continuez ensuite vos révisions comme si de rien n’était et révisez chaque jour un petit peu de cartes du « paquet retard ». Je vous montre comment faire dans la vidéo.

3) Sans limite, tu joueras

Quand on débute, on est tenté de créer beaucoup de nouvelles cartes car le volume de révision n’est pas très important. Sauf qu’en pratique, 90% des utilisateurs ANKI abandonnent dans les premières semaines à cause d’un volume de révision mal maitrisé.

Mon conseil est de retirer la « limite de nouvelle carte » quotidienne. Cela peut sembler dangereux à première vue mais c’est en fait un excellent moyen de maitriser votre volume de révisions. En retirant cette limite, vous êtes certains qu’il n’y aura aucune « accumulation » de nouvelles cartes. L’idée étant de revoir les nouvelles cartes dans les 24H qui suivent leurs créations.

Remonter la limite de sorte à ce que toutes les nouvelles cartes soient étudiées le jour même de leurs créations.

Attention quand même, rappelez-vous que chaque nouvelle carte créée sera à revoir le lendemain, puis dans 3 jours, puis dans 7 jours etc ..  Si vous créez trop de nouvelles cartes en une seule fois, vous allez déclencher « un effet boule de neige » et vous vous ferez submerger une semaine plus tard par une charge de travail intenable.

Essayez de viser des sessions de révisions d’une durée de 30 – 45 minutes. Si vous sentez que vous dépassez ou que c’est trop difficile, réduisez le nombre de nouvelles cartes que vous créez jusqu’à retomber sur des sessions de 45 minutes max.

4) En premier, ton vocabulaire tu apprendras

Beaucoup d’apprenants confondent « apprendre » et « réviser ». ANKI ne permet pas d’apprendre le vocabulaire, c’est simplement un outil qui vous permet de « réviser » plus rapidement et efficacement. Cela signifie que c’est à vous d’apprendre le vocabulaire par vous-même avant d’en faire une carte dans ANKI.

Pour l’étude des caractères chinois par exemple, vous devez d’abord investir un peu de temps à étudier leurs structures, identifier les radicaux et comprendre comment ils ont été formés avant d’être capable de les mémoriser. Référez-vous à cet article pour découvrir une méthode astucieuse qui permet d’apprendre les caractères rapidement.

C’est seulement une fois que le caractère a été compris et appris que vous pouvez créer une carte de vocabulaire dans ANKI. L’erreur c’est d’apprendre les nouveaux mots directement dans ANKI. Non seulement c’est extrêmement difficile mais en plus vos sessions d’études seront beaucoup trop longues et épuisantes !

5) L’âme des cartes, tu ne tromperas pas

A mesure que vous avancerez dans vos révisions, l’intervalle de temps entre chaque carte s’allongera de plus en plus et il vous arrivera de vous tromper sur des cartes avec un intervalle de plusieurs mois (voir plusieurs années).

Le pire c’est que vous étiez sans doute correct sur la définition du mot, son pinyin, sa prononciation mais que vous aviez juste oublié l’un de ses tons par exemple. Alors faut-il cliquer sur le bouton « À revoir » et briser ainsi une chaine de 4 mois de bonnes réponses juste à cause d’une petite erreur de ton ?

Hélas oui c’est nécessaire. Je sais à quel point c’est douloureux de remettre à zéro une carte avec un grand intervalle mais si vous avez fait une erreur aujourd’hui, il y a de grande chance que vous la refassiez demain. Le fait de cliquer sur « revoir » permettra justement d’imprimer profondément cette erreur dans votre mémoire et de ne jamais la refaire (votre cerveau se souviendra de la douleur associée à ce mot).

Ça ne sert à rien de tricher sur ANKI. Non seulement c’est contre-productif mais en plus vous perdez une opportunité d’enrichir votre vocabulaire. Si vous vous prenez souvent en train de tricher, c’est probablement parce que vous cliquez trop souvent sur les boutons « Correct » ou « Facile » et pas assez sur « Difficile ». Soyez moins laxiste dans votre façon de vous auto-juger et vous n’aurez plus besoin de tricher.

La répétition espacée => solution miracle ?

Bien que la répétition espacée soit un outil extrêmement puissant, ce n’est pas non plus la solution miracle. Vous n’atteindrez jamais un bon niveau de chinois en ne vous focalisant que sur la mémorisation brute de vocabulaire. L’expression orale ou écrite sont des aspects tout aussi importants à travailler pour comprendre comment utiliser le vocabulaire.

Par contre, vous gagnerez beaucoup de temps, ENORMEMENT DE TEMPS. En fait, sans la répétition espacée, il ne serait tout simplement pas possible de retenir autant de vocabulaire (Cela reviendrait à passer ses journées entières à réviser du vocabulaire).

La beauté de cette méthode est que vous pouvez même l’exporter vers d’autres domaines, comme par exemple la mémorisation de paroles de chansons, de recettes de cuisines, d’accords de guitare etc …

Personnellement, j’aurais tellement aimé avoir cet outil entre les mains du temps où j’étais étudiant. Je ne peux qu’imaginer le carton que j’aurais pu faire à tous ces examens qui demandaient juste de recracher bêtement des connaissances apprises par cœur (salut les formules d’acide aminé).

J’espère que vous avez apprécié cet article et que j’aurai réussi à vous convaincre d’au moins essayer, ce n’est pas aussi compliqué que ça en a l’air et je vous montre comment faire étape par étape dans la vidéo.

Si vous avez des questions ou des remarques concernant l’utilisation d’ANKI, je serais très intéressé d’avoir vos retours et avis dans les commentaires. Je suis toujours à la recherche de nouvelles façons d’utiliser cet outil et j’expérimente en permanence de nouvelles techniques.

Alex

Passionné de Chine et de langue chinoise, je vous livre mes secrets sur cette langue et mes meilleures recettes pour commencer à parler chinois mandarin en quelques mois.

Vidéo "Mémoriser des milliers de mots en chinois rapidement"

Je vous montre en live comment configurer ANKI + des techniques avancées pour réviser la grammaire, pratiquer votre oral, gérer les cartes pénibles etc ....

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