Tout a commencé dans le métro parisien.

À l’époque, je passais parfois trois heures par jour dans les transports.

Autant te dire qu’au bout d’un moment, j’en avais marre de regarder les stations défiler en ayant l’impression de perdre mon temps.

Alors, un matin, j’ai sorti mon téléphone et téléchargé une application pour apprendre le chinois.

Comme ça. Juste pour essayer.

Je ne connaissais presque rien à la Chine et je n’avais aucun projet particulier derrière la tête. Le chinois m’intriguait, voilà tout.

J’ai lancé la première leçon et appris quelques mots avant d’arriver à ma station. Puis j’ai recommencé le lendemain.

À ce moment-là, j’étais loin d’imaginer que cette petite habitude allait m’emmener vivre en Chine, me permettre de rencontrer mon épouse et devenir un jour mon métier.

Je partais vraiment de loin

Note au bac

Comme tu peux le voir, j’étais vaiment une quiche à l’école, en particulier en langue !

Il faut dire que mon passé avec les langues étrangères n’était pas très glorieux.

Au lycée, j’étais le mec au fond de la classe qui baissait les yeux dès que le prof cherchait quelqu’un à interroger.

Au bac, j’ai même réussi l’exploit d’obtenir 2/20 en allemand.

Et mon premier cours de chinois à la fac ne s’est pas beaucoup mieux passé puisque je me suis fait virer pour manque de travail.

Bref, je n’avais aucune raison particulière de croire en mes chances.

Mais le chinois avait éveillé quelque chose chez moi.

J’avais envie de comprendre comment cette langue fonctionnait et de voir jusqu’où je pouvais aller.

Du coup, j’ai continué.

Le métro est devenu ma salle de classe

Chaque matin, je profitais de mes trajets pour apprendre quelques mots.

Je me lançais des petits défis : retenir un caractère avant la prochaine station ou reconnaître un mot sans regarder la réponse.

C’était simple et surtout, c’était plutôt amusant.

Certains jours, je travaillais pendant presque tout le trajet. D’autres fois, je faisais seulement quelques minutes parce que j’étais fatigué.

Mais je gardais toujours un contact avec la langue. Puis les premières petites victoires sont arrivées.

Je reconnaissais un mot dans un dialogue. Je comprenais enfin une phrase que j’avais déjà écoutée plusieurs fois.

Ça peut sembler dérisoire mais pour moi, c’était une petite victoire.

J’avais passé des années à croire que j’étais nul en langues.

Et là, je découvrais que je pouvais progresser à condition d’avancer tranquillement et de revenir chaque jour.

Puis j’ai pris une claque

Après quelques mois, je me suis retrouvé avec deux amis chinois qui discutaient devant moi.

J’avais déjà appris beaucoup de vocabulaire et je pensais pouvoir suivre une conversation simple.

En réalité, je ne comprenais presque rien.

Ils parlaient vite, les mots se mélangeaient et je perdais le fil au bout de quelques secondes.

Quand ils riaient, je souriais avec un petit temps de retard pour faire semblant d’avoir compris.

Très mauvaise sensation.

En rentrant chez moi, je me suis demandé à quoi avaient servi toutes ces heures de travail. J’ai même pensé à arrêter.

Mais le lendemain, la frustration était toujours là et j’ai décidé de m’en servir. J’ai noté les mots que je n’avais pas compris et demandé de l’aide à des apprenants plus avancés.

Petit à petit, j’ai compris que ces moments faisaient partie du jeu.

Ils étaient désagréables, bien sûr.

Mais ils me montraient exactement ce qu’il fallait travailler.

Mon défi de 90 jours

Interview scott young en chinois

Un soir, je suis tombé sur une vidéo de Scott Young qui racontait comment il avait appris le mandarin de manière intensive en trois mois.

Son histoire m’a donné une idée. J’étudiais régulièrement, mais je n’avais aucun objectif précis. Je pouvais continuer comme ça longtemps sans vraiment savoir si j’avançais.

Alors, je me suis lancé un défi : tenir une petite conversation entièrement en chinois dans les 90 jours.

À partir de là, tout est devenu plus clair.

Dans le métro, j’écoutais des podcasts pour entraîner mon oreille. Le soir, je révisais mon vocabulaire avec Anki.

Puis le week-end, je participais à des échanges linguistiques.

C’est là que les choses ont vraiment commencé à bouger.

Des amis chinois ont accepté de parler avec moi malgré mes phrases lentes et mes erreurs de tons.

Ils me corrigeaient, répétaient quand je ne comprenais pas et m’apprenaient surtout la langue utilisée dans la vraie vie.

Grâce à eux, le chinois a pris une autre dimension.

Chaque nouveau mot me permettait de mieux connaître quelqu’un. Au bout des 90 jours, j’arrivais à tenir de petites conversations.

Mon niveau restait encore modeste, mais j’étais fier.

Pour la première fois, je m’étais fixé un objectif qui me paraissait difficile et j’étais allé jusqu’au bout.

Direction la Chine

Visiter Kunming

Après six mois, j’étais capable de discuter sur des sujets simples et d’écrire de petits textes. Et surtout, j’avais pris goût à cette progression.

J’ai donc décidé de partir étudier à Kunming, dans le Yunnan. Sur place, le chinois était partout.

Je pouvais pratiquer en commandant un repas, en prenant un taxi ou simplement en discutant avec les gens dans la rue.

Chaque journée devenait une occasion d’apprendre quelque chose.

Alors, je me suis mis à travailler énormément. Parfois neuf ou dix heures par jour.

Au début, mes progrès étaient rapides. Puis, un jour, tout a ralenti. J’avais beau travailler davantage, mon niveau semblait bloqué.

Je venais de découvrir le fameux plateau intermédiaire.

Et franchement, je l’ai très mal vécu.

J’avais l’impression de faire tous ces efforts pour presque rien.

Pendant un moment, je me suis demandé si je ne devais pas simplement me contenter de mon niveau.

Retrouver le plaisir

À force de vouloir absolument progresser, j’avais transformé chaque journée en examen.

Je comptais les mots appris et j’analysais constamment mon niveau.

Mais le chinois était devenu lourd. Du coup, j’ai décidé de lever le pied.

Je suis parti voyager en Chine et je me suis fait héberger chez l’habitant grâce au Couchsurfing.

Et ça m’a fait un bien fou. Je discutais avec mes hôtes, je découvrais leur quotidien et j’écoutais leurs histoires.

Je pensais moins à mes performances et davantage aux personnes que j’avais en face de moi.

Finalement, c’est à ce moment-là que mon niveau a recommencé à décoller.

Le HSK 6 en vingt mois

Après vingt mois d’apprentissage, je me suis présenté au HSK 6, qui était alors le niveau le plus élevé de l’examen officiel.

Et je l’ai obtenu. Quand j’ai vu le résultat, j’ai repensé au 2/20 en allemand.

Le chemin parcouru me paraissait énorme. Pourtant, la plupart de mes journées avaient été très ordinaires.

Quelques révisions dans le métro. Une conversation avec un ami.

Puis beaucoup d’erreurs et de nouvelles tentatives.

Au final, ce sont tous ces petits efforts qui avaient fini par produire un grand résultat.

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Le chinois est devenu bien plus qu’une langue

À ce moment-là, je pensais que le plus important était derrière moi. En réalité, la plus belle partie de l’histoire allait commencer.

En Chine, j’ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse. Puis nous avons fondé une famille.

Aujourd’hui, lorsque j’entends mes enfants passer naturellement du français au chinois, je repense parfois à cette première application téléchargée dans le métro.

Ce jour-là, je pensais simplement occuper mon trajet.

Sans le savoir, j’étais déjà en train de me rapprocher de ma future famille.

Et cette idée me touche toujours autant. Pendant huit ans, la Chine a été notre foyer.

J’y ai vécu des moments extraordinaires et connu aussi les difficultés de l’expatriation. J’y ai surtout appris à regarder le monde autrement.

Puis la pandémie a bouleversé notre quotidien et nous avons décidé de revenir vivre en France.

Ce départ a été difficile. Nous quittions un pays rempli de souvenirs et une grande partie de notre histoire familiale.

Mais la Chine est restée avec nous.

Elle est présente dans notre manière de vivre, dans les langues que parlent nos enfants et dans le travail que je fais aujourd’hui.

Pourquoi j’ai créé Chinois Tips

Au fil des années, j’ai rencontré beaucoup d’apprenants convaincus qu’ils n’étaient pas faits pour le chinois.

Leurs doutes me rappelaient les miens. Moi aussi, j’ai eu peur de parler.

Moi aussi, j’ai oublié des centaines de mots et connu des périodes pendant lesquelles je pensais ne plus progresser.

C’est la raison pour laquelle j’ai créé Chinois Tips.

Je voulais partager les méthodes qui m’avaient aidé et montrer ce qui se passe réellement derrière les résultats.

Il y a des erreurs embarrassantes. Il y a aussi ces petites victoires qui redonnent confiance et donnent envie de continuer.

Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’accompagner plus de 5 000 élèves.

Et chaque fois qu’une personne m’écrit pour me raconter sa première conversation en chinois, je repense à mes propres débuts.

Et toi, où en es-tu ?

Peut-être que tu penses manquer d’oreille.

Ou alors, tu oublies les caractères dès que tu fermes ton manuel.

Peut-être aussi que tu as déjà commencé plusieurs fois avant de laisser tomber.

Je connais bien cette sensation.

Ton niveau actuel montre seulement où tu en es aujourd’hui. Il ne dit rien de ce que tu seras capable de faire dans quelques mois.

Alors, avance à ton rythme. Apprends un mot. Puis reviens demain.

Comme le dit un proverbe chinois :

不怕慢,就怕站
bù pà màn, jiù pà zhàn

« Avancer lentement ne fait pas peur. Le vrai danger, c’est de rester immobile. »

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